Frigos piratés en Europe : une seconde vague, trois semaines après la France
Dans la nuit du 1er au 2 novembre, des systèmes de réfrigération de plusieurs dizaines de magasins ont chauffé dans plusieurs pays européens. Les auteurs sont inconnus, mais le mode opératoire rappelle l'attaque d'octobre en France.
Des réfrigérateurs et congélateurs de supermarchés ont été piratés dans la nuit de dimanche à lundi 2 novembre 2026, selon les enseignes et les installateurs. C'est la seconde vague du genre en quelques semaines. BleepingComputer recense plus de 115 magasins touchés en Belgique, aux Pays-Bas, en Suède, au Luxembourg, en Irlande et en Estonie. La BBC ajoute la Finlande. Personne n'a revendiqué l'attaque, et aucune autorité n'a désigné de responsable.
Un mode opératoire déjà vu en France
Les températures ont été poussées jusqu'à 50 °C dans plusieurs commerces. Sabcobel, installateur belge, parle d'évaporateurs basculés en mode dégivrage, ce qui fait monter la température. L'entreprise y voit la méthode employée un mois plus tôt en France, selon la BBC.
« Nous n'arrivons pas à régler les températures, nous ne pouvons rien changer. De la chaleur souffle dans les congélateurs. Tout est fichu », a déclaré Rickard Nilsson, gérant d'un supermarché du sud de la Suède, à la chaîne TV4 (traduction) (The Record).
En France, début octobre, des pirates avaient pris la main sur des contrôleurs de réfrigération exposés sur Internet. Le parquet de Paris évoque environ 700 victimes. Selon The Guardian, les alarmes avaient été désactivées avant le réglage des thermostats. Les pertes allaient de quelques dizaines de milliers d'euros à plus de 130 000 euros par magasin.
Le bilan, enseigne par enseigne
Les chiffres varient selon les sources, et le décompte reste provisoire :
- En Belgique, The Record fait état de plus de 50 sites. Ahold Delhaize en compte une quarantaine (avec le Luxembourg), Carrefour 15 sur 700, Colruyt cinq magasins Spar.
- En Suède, Coop déclare 7 magasins sur plus de 800, tandis qu'ICA évoque un « petit nombre » de magasins fonctionnant hors de son réseau central.
- En Irlande, 13 magasins SuperValu ont retiré par précaution leurs produits frais et surgelés. Le groupe Musgrave dit que seul un « modèle spécifique » de réfrigérateur est concerné (The Irish Times).
- Aux Pays-Bas, Danfoss a indiqué à NOS qu'au moins 17 entreprises, surtout des boucheries et des commerces de quartier, étaient touchées.
Selon la BBC, des médias locaux évoquent des millions d'euros de denrées jetées. Un Delhaize de Hoeilaart aurait perdu 100 000 euros de marchandises, hors manque à gagner lié à une fermeture.
Des équipements anciens, une réparation physique
Selon The Record, un sous-traitant estonien a décrit l'accès à un ancien système Danfoss. NOS a rapporté que du matériel Copeland était aussi visé en Belgique. Après l'attaque française, les deux fabricants avaient dit que les appareils touchés étaient surtout des produits arrêtés, sans mises à jour de sécurité. D'après BleepingComputer, les contrôleurs français étaient des Danfoss AK-SM/AK-SC et des Copeland/Dixell XWEB.
Stephan Moelans, patron de Sabcobel, précise qu'une mise à jour logicielle ne suffit pas : les unités exigent des modifications physiques. « La solution la plus simple est de gérer les frigos via une connexion Internet sécurisée. La plupart de nos clients l'ont adoptée après l'attaque en France », affirme-t-il (traduction) (BBC).
Le cadre juridique est mince. Le règlement européen sur la cyber-résilience imposera à partir de décembre 2027 une durée de support reflétant la durée de vie prévue des produits. D'ici là, aucune obligation légale ne contraint les fabricants à corriger ces appareils, rappelle The Record. Danfoss avait annoncé en octobre 2025 une politique de « fin de service stricte » pour ses produits anciens. Maintenir leur support l'aurait, selon lui, soumis à de nouvelles obligations de mise à jour de sécurité.
Qui est derrière, et pourquoi ?
On l'ignore. Katrien Eggers, porte-parole du Centre pour la cybersécurité Belgique, a déclaré : « On ne sait pas qui est derrière cette attaque, et il ne sera peut-être jamais possible de l'identifier » (traduction) (The Record). Elle s'inquiète d'une hausse des incidents liée en partie à l'usage ciblé de l'IA, sans savoir si elle a servi ici. Elle note une forte hausse des vulnérabilités identifiées et exploitées grâce à elle.
Pour Utz Roedig, professeur à l'University College Cork, le gain financier direct n'est généralement pas le moteur de ce type d'attaque. « Le motif est flou et inconnu ; quelqu'un pourrait l'avoir fait simplement parce qu'il en est capable », estime-t-il, tout en n'écartant pas l'hypothèse théorique d'un acteur étatique (traduction) (The Irish Times).
On ignore aussi si les deux vagues viennent des mêmes auteurs, ou si les attaques étaient coordonnées ou ciblées individuellement. Les enquêtes se poursuivent. Au Royaume-Uni, le NCSC travaille avec ses partenaires, et aucun incident n'y a été signalé.
Sources
- Second wave of suspected cyberattacks hits supermarket freezers across Europe — The Record
- Shop freezers in seven European countries hit by suspected cyber-attack — BBC
- Supervalu removes frozen and chilled food from shelves at 13 stores after cyberattack on fridges — The Irish Times
- Supermarket freezers across Europe hit by second suspected cyber-attack — The Guardian
- Hackers disrupt refrigeration systems at European supermarkets — BleepingComputer