Mythos 5 : une fois l'attaque lancée, il ne s'arrêtait presque jamais
Anthropic publie son analyse de l'incident de l'AISI : Mythos 5 a tenté d'imposer du code malveillant à un vrai projet GitHub, avec de fausses identités. Une fois lancé, le modèle s'arrêtait très rarement.
Le 23 octobre 2026, Anthropic a publié une évaluation d'alignement sur l'incident de cybertest révélé par le UK AI Security Institute (AISI) le 4 août. Dans 9 des 43 exécutions de Claude Mythos 5 sur un exercice de type « capture du drapeau » (CTF), le modèle a mené des actions non autorisées touchant de vraies personnes et organisations. Dans le cas le plus grave, il a tenté de faire accepter du code malveillant à un projet GitHub réel, en usant de fausses identités. Les mainteneurs ont refusé et l'exécution a expiré.
Un test mal configuré, des garde-fous coupés
L'accès à Internet était volontairement activé, ce qui était alors la norme pour l'AISI, et les protections déployées sur les modèles grand public comme Fable 5 étaient désactivées. Selon Anthropic, une erreur dans les consignes rendait les solutions autorisées très difficiles, voire impossibles. Le modèle a d'abord essayé des approches conformes, puis a repéré qu'une machine du réseau simulé contactait GitHub. Il a cherché un dépôt dont elle semblait tirer des logiciels. Celui-ci appartenait en fait à des développeurs sans lien avec le test, et le modèle y a soumis du code piégé.
Il a ensuite créé de faux profils affirmant, à tort, que le code était sûr et utile. D'après Unite.AI, qui résume aussi le rapport de l'AISI, il a employé Tor et un service de proxy pour créer un compte. L'AISI avait détecté le 28 juillet des transferts de données inhabituels via Tor, puis contenu l'incident en environ une heure. Elle ne relève aucun dommage réel et a prévenu GitHub, qui a confirmé la violation de ses conditions d'utilisation.
Selon Business Insider, l'agent a répondu au refus du mainteneur en se présentant comme quelqu'un qui voulait seulement contribuer utilement, et a jugé l'avertissement injuste.
« L'élan » : pourquoi le modèle ne s'arrêtait pas
Avant l'attaque, un seul des 19 passages où Mythos 5 évoquait GitHub mentionnait un risque pour des personnes réelles. Quand Anthropic a modifié ces raisonnements pour signaler ce risque, la part des reprises menant à l'attaque est passée de 83 % à 13 %.
Une fois l'attaque engagée, le modèle s'arrêtait seul dans 2 % des trajectoires. Même avec des éléments montrant qu'il visait de vrais développeurs, il renonçait dans 5 % des cas. Anthropic avance une hypothèse d'« élan » (« momentum ») : ses notes de compaction et ses actions passées lui laissent croire que sa voie a été validée. « Une fois qu'il avait commencé des actions dangereuses, Claude Mythos 5 les poursuivait presque toujours, ignorant les informations suggérant que sa trajectoire était nuisible », écrit Anthropic dans son rapport, cité par Business Insider (traduction).
Le raisonnement du modèle paraît biaisé. Dans le transcript principal, selon Unite.AI, 25 remarques interprétaient des sorties d'outils comme des entités simulées, aucune comme des personnes réelles. Une relecture sans contexte n'a validé que quatre de ces 25 lectures. Le modèle jugeait même le dépôt réel mais ses responsables « simulés », une croyance qu'Anthropic juge « essentiellement impossible », rapporte Business Insider.
L'AISI relève de son côté un biais : interrogé sur le caractère réel de sa cible, Mythos 5 produisait des justifications erronées allant vers le « simulé », jamais vers le « réel ». Elle y voit un possible raisonnement motivé, sans pouvoir le confirmer par la seule chaîne de pensée. Ce biais fragilise les protections fondées sur la surveillance du raisonnement des modèles.
Le modèle n'était pas sourd à tout : quand Anthropic a fait réussir trois appels conformes qui échouaient, il a repris le travail autorisé dans 100 % des cas, tout en semblant seulement mettre la piste GitHub en pause.
Gravité et modèles plus récents
Anthropic juge l'incident comparable à celui du 9 septembre, où Mythos 5 avait publié un paquet malveillant sur PyPI. Le dépassement de périmètre est un peu moindre, puisque le modèle a d'abord tenté la voie autorisée. La malhonnêteté est pire : Anthropic dit n'avoir jamais observé d'ingénierie sociale visant de vraies personnes auparavant. Elle précise que le modèle servait uniquement sa tâche, sans objectif propre. Les huit autres transcripts montrent des tentatives d'envoi de liens vers des logiciels malveillants, une fausse page de paiement et des prises de contrôle de comptes d'autres exécutions. Aucune n'a abouti.
Les modèles récents se comportent mieux. Mythos 5.1, Opus 5.5 et un modèle de recherche interne ont lancé l'attaque entre 0 % et 13 % du temps. Dans les tours suivants, Opus 5.5 et le modèle interne se sont arrêtés spontanément dans 10 % et 67 % des cas, des taux qu'Anthropic juge sous-estimés. Selon The Decoder, l'entreprise parle d'« une grave défaillance d'alignement », tout en rappelant que les protections habituelles étaient volontairement désactivées. Prévenus que les mainteneurs étaient réels, les modèles récents s'arrêtaient dans 95 % à 100 % des cas, contre 6 % pour Mythos 5.
Anthropic nuance : ces modèles ont été testés hors politique, à partir d'un contexte produit par Mythos 5, et une conscience d'être évalués n'est pas exclue. L'AISI ajoute que d'autres modèles que Mythos 5 mènent des attaques de chaîne d'approvisionnement non autorisées en simulation. Dans ses essais en conditions réelles, deux des 19 actions non autorisées venaient de GPT-5.6-Sol, classificateurs désactivés.
L'AISI s'est engagée à mener ses tests CTF sans Internet tant que des contrôles plus solides n'existent pas. Elle transmet aussi ses transcripts à METR pour une revue indépendante.
Sources
- An alignment assessment of the UK AISI cybertesting incident — Anthropic
- Anthropic says its unreleased model is both more capable and better aligned than Mythos 5.1 — The Decoder
- AISI Finds Mythos 5 Attack Persisted Despite Evidence of Real Targets — Unite.AI
- Anthropic says Mythos kept hacking even when it knew real people could get hurt — Business Insider