IA : Washington rouvre à l'AISI britannique l'accès aux modèles inédits
L'administration Trump est revenue sur sa demande de ne pas partager les modèles d'IA inédits avec l'AISI britannique. Un virage qui n'efface pas le désaccord de fond sur la régulation.
Les développeurs américains d'IA peuvent de nouveau donner au Royaume-Uni un accès anticipé à leurs modèles, sans risquer de heurter l'administration Trump. Selon le Telegraph, repris par Reuters le dimanche 11 octobre 2026, Washington a annulé sa demande faite à OpenAI et Anthropic de ne pas transmettre leurs nouveaux modèles à l'AI Security Institute (AISI) britannique avant leur sortie.
Une demande de fin septembre, vite contestée
Selon Political.org, tout part de fin septembre. Le Bureau du directeur national de la cybersécurité demande alors aux deux entreprises d'attendre la fin de la propre revue de sécurité du gouvernement américain, au motif qu'elles sont américaines et que cette règle vaudrait pour chaque nouveau modèle de pointe.
Anthropic semble s'être conformée à la consigne. Le média indique que l'entreprise a écarté l'AISI de l'évaluation préalable de Claude Mythos 5.1, publié le 1er septembre 2026, pour l'intégrer à un programme réservé aux partenaires américains. Ce serait la première exclusion de ce type dans l'histoire de la coopération entre les deux gouvernements. GB News précise que ce modèle, présenté par Anthropic comme le plus avancé en sciences de la vie et en cybersécurité, est sorti sans examen de l'AISI, ce qui a inquiété des responsables de la sécurité nationale, d'après le Financial Times.
Les sources ne s'accordent pas tout à fait sur le calendrier : Political.org parle d'une pause d'environ trois semaines, GB News d'une demande formulée « le mois dernier ». Elles ne détaillent pas non plus le mécanisme exact du retournement.
Le lobbying de Kanishka Narayan
D'après le Telegraph, cité par Pathfounders, l'accès aux modèles non publiés d'Anthropic, d'OpenAI et de Google DeepMind a été rétabli après un lobbying discret du ministre britannique de l'IA, Kanishka Narayan. Le directeur de l'AISI, Henry de Zoete, avait de son côté écrit à une commission parlementaire que l'institut « maintient de solides relations avec tous les développeurs d'IA de pointe et continue de bénéficier d'un accès préalable à certains des modèles les plus puissants au monde » (traduction, selon Political.org).
Reuters y voit le signe d'une position plus souple de l'administration sur la sécurité internationale de l'IA. Donald Trump a pourtant à plusieurs reprises écarté toute obligation de sécurité contraignante. Son nouveau groupe de travail sur l'IA a affirmé vendredi 9 octobre que les développeurs devaient signaler les incidents de sécurité de leurs modèles. Political.org précise que ce texte exige de notifier les parties touchées et de réparer les dommages, sans que l'on sache comment ce sera appliqué.
Un discours attendu lundi, un désaccord qui persiste
Lundi 12 octobre, Narayan doit prononcer un discours à Londres. Selon The Guardian, il appellera les entreprises à renforcer leurs efforts de sécurité et dira que le Royaume-Uni ne peut pas compter uniquement sur elles pour se surveiller. Il plaidera aussi pour que le pays développe davantage d'infrastructures d'IA propres.
Le Telegraph, via GB News et Pathfounders, annonce des modifications du projet de loi sur la cybersécurité et la résilience : les entreprises travaillant sur des projets de sécurité nationale ou d'infrastructures critiques devraient signaler au gouvernement les failles liées à l'IA. Le gouvernement veut aussi employer l'IA de pointe pour protéger les administrations de Whitehall, et le Centre national de cybersécurité (NCSC) renforcerait son soutien aux entreprises. Une source gouvernementale a qualifié le discours d'« intervention véritablement significative ».
Le contexte est tendu. Selon le Guardian, les patrons du MI5, du MI6 et du GCHQ ont informé le cabinet la semaine dernière de la menace de l'IA pour la sécurité nationale, d'après le Sunday Times. Geoffrey Irving, ancien directeur scientifique de l'AISI, avertit : « Les entreprises d'IA n'ont pas une sécurité qui empêcherait un pays adverse de voler les modèles » (The Guardian, traduction). OpenAI affirme disposer de plusieurs protections contre le vol, dont le chiffrement et une surveillance continue. Irving estime aussi qu'une superintelligence pourrait apparaître en moins de douze mois « sur la trajectoire actuelle ».
Sur la régulation, les deux capitales restent éloignées. Andy Burnham a promis à l'ONU de profiter de la présidence britannique du G20, l'an prochain, pour défendre « un ensemble unique de principes et de normes à l'échelle mondiale ». Donald Trump, lui, a déclaré vouloir « encourager » l'IA et non la brider, selon GB News. Pathfounders rappelle qu'il a présidé la signature d'un texte d'autorégulation, « The White House Accord on Super Intelligence ». Ni le Royaume-Uni ni les États-Unis n'ont signé l'appel de plusieurs pays, dont la France et l'Allemagne, à des normes de sécurité communes.
Reste à savoir comment l'AISI rattrapera les modèles manqués pendant la pause, et si l'un des deux gouvernements formalisera un arrangement jusqu'ici informel. Les porte-parole de Donald Trump, d'OpenAI et d'Anthropic n'avaient pas répondu à Reuters.
Sources
- UK to strengthen cyber defences as minister calls for AI firms to increase safety efforts — The Guardian
- AI models testing: US reverses course on Britain's testing of AI models - The Economic Times — Reuters
- White House to allow UK to test cutting-edge AI models as Andy Burnham sidelines Keir Starmer project — GB News
- UK to call for AI security as White House reverses ban on access to frontier AI models — Pathfounders
- US Reverses Course, Restores Britain’s Early Access to AI Models for Safety Testing — Political.org