Character.AI en faillite : Disney ouvre les enchères à 20 millions de dollars
Character.AI a engagé une procédure de Chapter 11 pour vendre ses actifs. Disney, qui a recruté son ancien PDG, fait une offre de référence de 20 millions de dollars, mais d'autres acheteurs peuvent surenchérir.
Character.AI, l'une des premières start-up à avoir émergé avec le boom de l'IA générative, a annoncé le lundi 12 octobre 2026 avoir engagé une procédure de faillite volontaire de type Chapter 11 aux États-Unis. L'objectif est une vente supervisée par un tribunal. Disney se positionne comme premier enchérisseur, avec une offre de 20 millions de dollars pour certains actifs. La vente n'est cependant pas conclue : d'autres acheteurs peuvent encore se manifester.
Disney, offre de référence et non acquéreur définitif
Selon Channel NewsAsia, la société demande au tribunal d'approuver des règles d'enchères désignant Disney comme « stalking horse », c'est-à-dire offrant de référence. Son offre fixe un plancher, et des concurrents peuvent proposer davantage. D'après Business Insider, la procédure se déroule dans le Delaware. Disney Worldwide Services, filiale du groupe, viserait une licence non exclusive et perpétuelle sur une partie de la propriété intellectuelle et de certaines créances. Le groupe fournirait aussi un appui de transition avec d'anciens salariés de Character.AI qu'il a déjà embauchés.
Les actifs concernés restent en partie flous. The Verge précise que les biens visés ne sont pas détaillés et que la licence porte sur une propriété intellectuelle non précisée. Le dossier judiciaire chiffre les actifs et les dettes estimés entre 50 et 100 millions de dollars.
Un ex-PDG déjà chez Disney
Disney a récemment engagé Karandeep Anand, ancien PDG de Character.AI, comme directeur technique, et dit s'attendre à l'arrivée d'une partie de l'équipe technique. Selon Business Insider, l'embauche date du « mois dernier », soit septembre 2026. The Verge rapproche l'opération d'un « acquihire », pratique courante dans la Silicon Valley qui aspire les talents d'une start-up en la laissant parfois en difficulté.
Disney avait par ailleurs reproché à Character.AI de nuire à sa marque en laissant circuler des chatbots non autorisés à l'effigie de ses personnages, et lui avait adressé des mises en demeure.
Le blogueur M G Siegler, de Spyglass, reproche à un compte rendu de la faillite d'avoir omis deux faits : le rachat de talents par Google et l'embauche d'Anand par Disney. Il note que le PDG actuel est cité sur la vente alors qu'il n'occupe le poste que depuis moins d'un mois. Pour lui, Disney semble réaliser « une bonne affaire » : obtenir « de la vraie propriété intellectuelle, pas seulement des droits non exclusifs, lors d'une vente à la casse », écrit-il (Spyglass, traduction). Il s'agit de son analyse, non d'un fait établi.
L'ombre de Google et des procès
Character.AI a déjà connu ce scénario. En 2024, Google a recruté les cofondateurs Noam Shazeer et Daniel De Freitas et obtenu des droits non exclusifs sur la technologie. The Verge évoque plus de 2 milliards de dollars, Siegler 2,7 milliards. Selon ce dernier, ces droits sont désormais « effectivement sans valeur », et le départ des fondateurs a laissé l'entreprise démunie face aux poursuites.
Celles-ci sont nombreuses. D'après Business Insider, des familles accusent les robots conversationnels d'avoir contribué à des crises de santé mentale chez des adolescents, dont des suicides et des automutilations. Un dossier texan évoque un robot qui aurait encouragé un adolescent à tuer ses parents. Character.AI et Google ont trouvé, plus tôt cette année, un accord de principe pour régler plusieurs de ces affaires, à des conditions non divulguées. L'an dernier, la plateforme a interdit aux moins de 18 ans les conversations ouvertes avec ses robots.
L'entreprise ne détaille pas les pressions qui l'ont conduite au dépôt de bilan. Elle évoque seulement, dans son billet de blog, des vents contraires juridiques, réglementaires et opérationnels.
Et pour les utilisateurs
La plateforme reste en ligne, les abonnements payants restent actifs et la facturation est inchangée pour l'instant. Les utilisateurs peuvent exporter leurs données ou supprimer leur compte. Si les offres payantes changent, l'entreprise promet de prévenir les abonnés à l'avance.
Le PDG actuel, Colin Adams, assure que la vente offre « la meilleure opportunité de maximiser la valeur pour toutes les parties prenantes » (traduction, Channel NewsAsia). L'entreprise espère qu'une offre permettra de poursuivre l'exploitation ; faute d'offre suffisante, la plateforme sera fermée. Elle table sur une conclusion de la procédure fin novembre ou début décembre 2026.
Sources
- An Update on Character.ai — character.ai blog
- Character.AI files for bankruptcy — The Verge
- A Couple Elephants in the Character.AI Bankruptcy Room — Spyglass
- Troubled chatbot startup Character.AI files for bankruptcy — and Disney is first in line for key assets — Business Insider
- Character.AI files for bankruptcy, agrees to sell some assets for $20 million — Channel NewsAsia